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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/80

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un drame en livonie.

Mais, avant de se lever, il frappa sur la table.

Kroff vint aussitôt.

« Combien, Kroff ?… dit-il, en tirant de sa poche quelque menue monnaie.

— Vous le savez de reste, brigadier, répondit l’aubergiste. Il n’y a qu’un prix pour tout le monde…

— Même pour ceux qui viennent dans ton kabak, où ils savent que tu ne leur demanderas ni leurs papiers ni leur nom ?…

— Je ne suis pas de la police ! répondit Kroff d’un ton brusque.

— Eh ! tous les cabaretiers devraient en être, et le pays serait plus tranquille ! répliqua le brigadier. Prends garde, Kroff, qu’un beau jour on ne ferme ton auberge… si tu ne la fermes pas aux fraudeurs, et peut-être à des clients pires encore !…

— Je verse à boire à ceux qui me payent, répondit le cabaretier, et je ne sais pas plus où ils s’en vont après que je n’ai su d’où ils venaient avant !

— N’importe, Kroff, ne fais pas le sourd quand je te parle, ou tes oreilles en pâtiront !… Là-dessus, bonsoir et au revoir ! »

Le brigadier Eck se leva, paya sa dépense et se dirigea vers la porte, suivi de son agent. Les autres buveurs les imitèrent, car le mauvais temps ne les engageait point à s’attarder au kabak de la Croix-Rompue.

À cet instant, la porte s’ouvrit et fut vivement refermée par la bourrasque.

Deux hommes venaient d’entrer ; l’un soutenait l’autre, qui boitait.

C’étaient Poch et son compagnon de voyage que la malle avait laissés en détresse sur la grande route.

Le voyageur était toujours étroitement serré dans sa houppelande, son capuchon rabattu, et on ne pouvait apercevoir son visage.

Ce fut lui qui prit la parole, et, s’adressant au cabaretier :