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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/69

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en malle-poste.

vaux qui butaient à chaque pas. On franchit ainsi plusieurs étapes où tout accident put être évité. Mais les bêtes arrivaient très fatiguées aux relais, et on n’aurait pu leur demander davantage.

À cinq heures du soir, sous le ciel balayé de nuages, il faisait déjà sombre. Se maintenir en bonne direction sur la route, confondue avec les marécages, exigeait une extrême attention. Les chevaux s’effrayaient de ne plus sentir le sol assuré sous leurs sabots, ils s’ébrouaient et se jetaient de côté.

« Au pas, au pas, puisqu’il le faut !… répétait Broks. Mieux vaut arriver avec une heure de retard à Pernau, et ne point risquer de rester en détresse…

— Une heure de retard !… s’écria Poch, que tant de secousses avaient tiré de son sommeil.

— C’est plus prudent ! » répondit l’iemschick, qui dut, à plusieurs reprises, mettre pied à terre afin de conduire son attelage par la bride.

Le voyageur avait fait quelques mouvements, redressé sa tête, cherché en vain à voir à travers la vitre de la portière. L’obscurité était assez épaisse alors pour qu’il fût impossible de rien distinguer. Les lanternes de la malle lançaient deux gerbes lumineuses qui rompaient à peine l’obscurité.

« Où sommes-nous ?… demanda Poch.

— Encore à vingt verstes de Pernau, répondit Broks, et, une fois au relais, je pense que nous ferions bien d’y demeurer jusqu’à demain matin…

— Au diable la bourrasque qui va nous retarder de douze heures ! » s’écria le garçon de banque.

On continuait d’avancer. Parfois la rafale poussait si violemment que la malle, précipitée sur l’attelage, menaçait de se renverser. Les chevaux se cabraient et s’abattaient. La situation devenait extrêmement difficile. C’est au point même que Poch et Broks agitèrent la question de faire la route à pied jusqu’à Per-