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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/43

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famille nicolef.

une dizaine d’années dans cette ville, ses manières distinguées, son humeur serviable, lui valaient une extrême considération.

« Mon père a été donner une leçon à l’autre bout de la ville, dit alors une troisième personne. Le chemin est long, il est rude aussi, par cette bourrasque moitié pluie moitié neige fondue !… Il arrivera tout transi, mon pauvre père…

— Bon ! s’écria le docteur Hamine, le poêle ronfle comme un magistrat à l’audience !… Il fait chaud dans la salle… Le samovar rivalise avec le poêle… Une ou deux tasses de thé, et Dimitri aura retrouvé son contingent de chaleur interne et externe !… Ne crains rien, ma chère Ilka !… Et, d’ailleurs, si ton père a besoin d’un médecin, celui-ci n’est pas loin, et c’est l’un de ses meilleurs amis…

— Nous le savons, mon cher docteur ! » répondit en souriant la jeune fille.

Ilka Nicolef, âgée de vingt-quatre ans, était la Slave dans toute sa pureté. Combien différente des autres Riganes, de sang germanique, avec leur carnation trop rosé, leurs yeux trop bleus, leur regard trop inexpressif, leur indolence trop allemande ! Ilka, brune, avait le teint chaud sans être coloré, la taille élevée, les traits nobles, la physionomie un peu sévère, sévérité qu’adoucissait d’ailleurs un regard d’une douceur infinie lorsqu’il ne se troublait pas de quelque triste pensée. Sérieuse et réfléchie, peu sensible à la coquetterie du costume, simplement mise avec goût, elle présentait le type achevé de la jeune Livonienne d’origine russe.

Ilka n’était pas le seul enfant de Dimitri Nicolef, veuf depuis dix ans déjà. Son frère Jean, qui venait d’entrer dans sa dix-huitième année, achevait ses études à l’Université de Dorpat. Elle lui avait servi de mère pendant son enfance, et, après la mort de celle qui n’était plus, chez quelle femme aurait-il trouvé plus de dévouement, plus de bonté, plus d’esprit de sacrifice ? Grâce