Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/40

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
32
un drame en livonie.

Et, au moment où passait un glaçon à cinq ou six pieds de la rive, il y sauta d’un bond prodigieux.

« Feu !… feu ! cria Eck à ses agents.

Quatre détonations éclatèrent, mais les balles de revolver allèrent se perdre au milieu de la débâcle.

Le glaçon qui portait le fugitif dérivait assez vite, car le courant de la Pernowa est rapide aux premiers jours de la fonte.

Eck et ses hommes suivaient la berge en courant, dans de mauvaises conditions, il est vrai, pour assurer leurs coups de feu, à travers le déplacement des blocs. Il fallait imiter celui qu’ils poursuivaient, s’élancer sur un glaçon, puis sur un autre, le poursuivre enfin à travers cette débâcle.

Ils allaient le tenter, Eck à leur tête, lorsqu’un violent tumulte se produisit. Le glaçon venait d’être saisi dans une collision des blocs, provoquée par le rétrécissement de la rivière, à un coude brusque qui la déviait vers la droite. Il culbuta, se redressa, culbuta de nouveau, puis disparut sous la masse des autres, qui s’entassèrent en faisant barrage.

La débâcle était immobilisée. Les agents, se lançant sur le champ de glace, le parcoururent et prolongèrent leurs recherches pendant une heure.

Aucune trace du fugitif, qui avait certainement péri dans l’écrasement.

« Mieux eût valu le prendre… dit un des agents.

— Sans doute, répondit le brigadier Eck, mais, puisque nous n’avons pu l’avoir vivant, tâchons de l’avoir mort ! »