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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/30

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un drame en livonie.

— Un étranger ?… non, un Russe, et un Russe des provinces Baltiques.

— Ah ! un Russe ?… répéta le meunier.

— Oui… un coquin, dont la capture me fera honneur ! »

En effet, pour un policier, un fugitif est toujours un coquin, qu’il ait été condamné pour crime politique ou pour crime de droit commun.

« Et vous êtes à sa poursuite ?… demanda le meunier.

— Depuis vingt-quatre heures qu’il a été signalé à la frontière des provinces.

— Sait-on où il va ?… reprit le meunier, pas mal curieux de sa nature.

— Tu peux t’en douter, répondit Eck. Il va là où il pourra s’embarquer dès que la mer sera libre, — sans doute à Revel, de préférence à Riga. »

Le brigadier raisonnait juste en indiquant cette ville, l’ancien Kolyvan des Russes, un point où se concentrent les communications maritimes du nord de l’Empire. Cette cité était en relation directe avec Pétersbourg par le railway du littoral de la Courlande. Un fugitif avait donc intérêt à gagner Revel, qui est en même temps une station balnéaire, ou, sinon Revel, du moins Balliski, son annexe, située à la pointe du golfe, puisque, par sa position, elle est délivrée la première de l’encombrement des glaces.

Il est vrai, Revel, l’une des plus vieilles cités hanséatiques, peuplée d’un tiers d’Allemands et de deux tiers d’Esthes, les vrais originaires de l’Esthonie, se trouvait à cent quarante verstes du moulin, et ce trajet exigeait quatre longues étapes.

« Pourquoi Revel ?… Ce coquin ferait mieux de se diriger sur Pernau ! » observa le meunier.

En effet, dans cette direction, il n’y aurait eu qu’une centaine de verstes à franchir. Quant à Riga, trop éloignée, du double de