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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/262

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un drame en livonie.

À l’heure dite, Jean et Ilka arrivèrent au cimetière où ils trouvèrent leurs amis, qui les attendaient devant la porte. Ils se dirigèrent vers l’endroit où reposait le corps de Dimitri Nicolef.

Le pope, agenouillé sur cette tombe, priait pour l’âme du malheureux.

Au bruit des pas, il releva sa belle tête toute blanche, il se redressa de toute sa hauteur. Ses yeux brillaient d’un extraordinaire éclat, et ses deux mains s’étendirent pour faire signe au frère et à la sœur, au docteur et à Wladimir de s’approcher.

Lorsque Wladimir et Ilka se furent placés, chacun d’un côté de la modeste tombe, le pope dit :

« Wladimir Yanof… votre main. »

Puis, s’adressant à la jeune fille :

« Ilka Nicolef… votre main. »

Et ces deux mains, il les mit l’une dans l’autre par-dessus la tombe. Et, telle était l’énergie de son regard, l’expression de bonté de toute sa physionomie, que la jeune fille laissa sa main dans celle de Wladimir.

Et alors le pope prononça ces mots d’une voix grave :

« Wladimir Yanof et Ilka Nicolef, vous êtes unis devant Dieu. »

La jeune fille ne fut pas maîtresse du mouvement qui la poussa à retirer sa main…

« Laissez-la, Ilka Nicolef, dit doucement le pope, elle est à celui qui vous aime…

— Moi… s’écria Ilka, la fille d’un assassin ?…

— La fille d’un innocent, et qui n’est même pas coupable de s’être donné la mort !… répondit le pope en attestant le ciel.

— Et l’assassin ?… demanda Jean, tremblant d’émotion.

— C’est l’aubergiste de la Croix-Rompue… C’est Kroff ! »