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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/209

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wladimir yanof.

« Wladimir Yanof, vous êtes en rupture de ban, et je dois en référer au gouverneur. Je vais me rendre chez le général Gorko. Mais, en attendant mon retour, je ne vois aucun inconvénient à vous laisser dans cette maison, si vous donnez votre parole de ne pas chercher à vous enfuir.

— Je vous la donne, colonel », répondit Wladimir.

Le colonel partit, laissant, d’ailleurs, Eck et ses hommes de faction dans la rue.

Inutile d’insister sur la scène intime dans laquelle Jean, Ilka, Wladimir se livrèrent aux plus vifs épanchements. Le docteur Hamine et M. Delaporte les avaient quittés. Ce furent là quelques instants de bonheur, que la famille du professeur ne connaissait plus depuis longtemps. On se revoyait, on se parlait, on faisait presque des projets d’avenir. On oubliait la situation de Yanof, la condamnation qui le frappait, les conséquences de sa fuite, qui pouvaient être terribles, et le colonel qui allait bientôt revenir en faisant connaître les mesures ordonnées par le gouverneur.

Il revint une heure après, et, s’adressant à Wladimir :

« Par ordre du général Gorko, dit-il, vous vous rendrez à la forteresse de Riga, et vous attendrez les instructions qui ont été demandées à Pétersbourg.

— Je suis prêt à obéir, colonel, répondit Wladimir. Adieu, mon père, dit-il à Nicolef, adieu, mon frère, dit-il à Jean, et, prenant la main d’Ilka, adieu, ma sœur…

— Non… votre femme ! » répondit la jeune fille.

La séparation se fit… Combien durerait-elle ? et Wladimir Yanof quitta cette maison, où il venait d’apporter tant de bonheur.

À partir de ce moment, l’extraordinaire intérêt que présentait cette affaire, si loin d’être terminée, se reporta sur le fugitif qui n’avait pas hésité à sacrifier sa liberté, et peut-être sa vie, car il