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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/20

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un drame en livonie.

Le danger était extrême. Affamés à la suite d’un rigoureux hiver, ces fauves sont redoutables. Un loup seul, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, à la condition d’être vigoureux et de sang-froid, n’eût-on qu’un bâton à la main. Mais une demi-douzaine de ces animaux, il est difficile de les repousser, eût-on un revolver à sa ceinture, à moins que tous les coups ne portent.

Trouver un endroit où se mettre pour éviter l’agression, il n’y fallait pas songer. Les rives de l’Embach étaient basses et dénudées. Pas un arbre dont on aurait pu escalader les branches. La bande ne devait pas être à cinquante pas, soit qu’elle se fût lancée sur la glace, soit qu’elle bondît à travers le steppe. Il n’y avait d’autre parti à prendre que de fuir à toutes jambes, sans grand espoir de distancer ces carnassiers, quitte à s’arrêter, à se retourner pour faire face à leur attaque. C’est ce que fit l’homme, mais bientôt il sentit les fauves sur ses talons. Des rugissements éclatèrent à moins de vingt pas derrière lui. Il s’arrêta, et il lui sembla que l’ombre était illuminée de points brillants, de braises ardentes.

C’étaient les yeux des loups, – de ces loups amaigris, efflanqués, rendus féroces par un long jeûne, avides de cette proie qu’ils sentaient à la portée de leurs dents.

Le fugitif se retourna, son revolver d’une main, son bâton de l’autre. Mieux valait ne pas faire feu si le bâton pouvait suffire, et, en cas que quelques agents rôdassent dans le voisinage, ne pas attirer leur attention.

L’homme s’était solidement campé, après avoir dégagé ses bras des plis du cafetan. Un rapide moulinet arrêta d’abord ceux des loups qui le serraient de près. Et, l’un d’eux lui ayant sauté à la gorge, un coup de bâton retendit sur le sol.

Mais, au nombre d’une demi-douzaine, ils étaient trop pour prendre peur, trop pour qu’il fût possible de les exterminer les