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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/195

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en face de la foule.

se réunissaient chaque soir dans la maison, où pénétraient parfois les cris hostiles, bien que la police ne cessât de la surveiller, par ordre du colonel Raguenof. Tristes soirées, auxquelles Dimitri Nicolef ne prenait point part !… Mais enfin le frère et la sœur n’étaient pas seuls à ces heures que la nuit rend plus pénibles encore et qui sont si longues à s’écouler ! Puis, les amis partaient. Jean et Ilka s’embrassaient ; le cœur serré d’angoisse, ils regagnaient leurs chambres, ils prêtaient l’oreille aux bruits de la rue, entendant leur père aller et venir, comme s’il lui eût été impossible de reposer.

Il va de soi que Jean ne songeait pas à retourner à Dorpat. Dans quelles pénibles conditions ne se fût-il pas présenté à l’Université ?… Quel accueil lui eussent fait les étudiants, même ceux de ses camarades qui lui avaient témoigné une si sincère amitié jusqu’alors ?… Peut-être n’aurait-il trouvé que ce brave Gospodin pour le défendre, si les autres avaient subi l’influence de l’opinion publique ?… Et comment aurait-il pu se maîtriser en présence de Karl Johausen ?…

« Ah ! ce Karl ! répétait-il au docteur Hamine. Mon père est innocent !… La découverte du vrai coupable fera reconnaître son innocence !… Mais, qu’elle soit reconnue ou non, je forcerai bien Karl Johausen à me rendre raison de son insulte !… Et, d’ailleurs, pourquoi attendre plus longtemps ?… »

Le docteur ne parvenait pas sans peine à calmer le jeune homme :

« Ne sois pas impatient, Jean, lui conseillait-il, et pas d’imprudence !… Lorsque l’heure sera venue, je serai le premier à te dire : fais ton devoir ! »

Jean ne se rendait pas, et, sans les instances de sa sœur, peut-être se fût-il livré à quelque éclat qui eût rendu la situation pire encore.

Le soir de son retour à Riga, après être rentré chez lui à la