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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/177

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interrogatoire.

dans le kabak de la Croix-Rompue, et nous nous disposions à partir pour Pernau lorsque la porte s’ouvrit… Deux hommes parurent sur le seuil, des voyageurs… Leur voiture s’étant brisée sur la route, ils venaient chercher un abri dans l’auberge, tandis que le conducteur et le postillon se dirigeaient vers Pernau avec l’attelage… L’un de ces voyageurs était le garçon de banque Poch, de Riga, que je connaissais de longue date, et avec lequel je suis resté à causer pendant une dizaine de minutes… Quant à l’autre voyageur, il me semblait qu’il essayait de dissimuler son visage sous le capuchon de sa houppelande. Cela me parut suspect et je cherchai à découvrir quel était cet homme…

— Tu n’as fait que ton devoir, Eck, dit le major Verder.

— Poch, légèrement contusionné à la jambe, reprit le brigadier, s’était assis près d’une table, sur laquelle il avait posé un portefeuille aux initiales de MM. Johausen frères… Comme il y avait cinq ou six buveurs attablés dans le cabaret, je recommandai à Poch de ne pas trop laisser voir ce portefeuille qui, d’ailleurs, était retenu à sa ceinture par la chaînette… Puis, je me dirigeais vers la porte, en examinant l’inconnu que Kroff conduisait à sa chambre, lorsque le capuchon se dérangea, et j’aperçus un instant, rien qu’un instant, la figure qu’il cachait…

— Et cela vous a suffi ?…

— Oui, monsieur le juge.

— Vous le connaissiez ?…

— Oui, pour l’avoir maintes fois rencontré dans les rues de Riga.

— C’était bien M. Dimitri Nicolef ?…

— Lui-même.

— Ici présent ?…

— Ici présent. »

Le professeur, qui avait écouté cette déposition sans l’interrompre, dit alors :