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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/166

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un drame en livonie.

La maison avait recouvré son calme accoutumé, et Ilka était loin de prévoir qu’elle allait être frappée d’un coup de foudre.

Le quart après midi venait de sonner lorsqu’un agent de la police se présenta au domicile de Dimitri Nicolef. Cet agent était porteur d’une lettre qu’il remit à la servante en lui recommandant de la faire parvenir immédiatement à son maître. Il ne s’inquiéta même pas de savoir si le professeur se trouvait chez lui en ce moment. Bien que rien n’en eût paru, la maison était surveillée depuis la veille.

Quand Dimitri Nicolef eut cette lettre entre les mains, il en prit connaissance. Elle ne contenait que ces mots :

« Le juge Kerstorf invite le professeur Dimitri Nicolef à se rendre sans tarder à son cabinet, où il l’attend. Affaire urgente. »

À cette lecture, Dimitri Nicolef ne put retenir un geste qui dénotait plus que de la surprise. Il pâlit, et sa physionomie s’imprégna d’une vive inquiétude.

Puis, sans doute, pensant que le mieux était de déférer à l’invitation qui lui était faite sous cette forme impérative par le juge Kerstorf, il revêtit sa houppelande et descendit dans la salle où était sa fille :

« Ilka, dit-il, je viens de recevoir un mot de M. Kerstorf, le juge, qui me prie de passer à son cabinet…

— Le juge Kerstorf ?… répondit la jeune fille. Que te veut-il, mon père ?

— Je ne sais… répliqua Nicolef en détournant la tête.

— Serait-ce pour quelque affaire à laquelle Jean se trouverait mêlé, et qui l’a obligé à quitter Dorpat ?…

— Je l’ignore, Ilka… Oui… peut-être… Du reste nous allons être promptement fixés à ce sujet. »

Le professeur sortit, non sans que sa fille eût observé son trouble. L’agent près de lui, il allait d’un pas incertain, machinalement pour ainsi dire, ne remarquant pas qu’il fût l’objet de