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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/145

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à l’université de dorpat.

Alors, s’adressant à la masse des étudiants et de manière à être entendu de tous :

« Vous êtes des centaines, dit-il, et nous ne sommes pas cinquante !… Attaquez-nous donc !… Nous nous défendrons, nous succomberons !… Mais vous vous serez conduits comme des lâches !… »

Un cri de fureur lui répondit.

Karl fît signe alors qu’il voulait parler.

Le silence se rétablit.

« Oui, dit-il, nous serions des lâches !… Y a-t-il un de ces Slaves qui veuille prendre l’affaire à son compte ?…

— Nous tous ! » s’écrièrent les camarades de Jean.

Celui-ci se rapprochant dit :

« Ce sera moi, et si Karl cherche à être personnellement provoqué, je le provoque…

— Toi ?… s’écria Karl, en faisant un geste de mépris.

— Moi ! répondit Jean. Choisis deux de tes amis… J’ai déjà fait choix des miens…

— Toi… te battre avec moi ?…

— Oui… demain, si tu n’es pas prêt en ce moment. À l’instant même, si tu le veux ! »

Il n’est pas rare que les étudiants aient de ces affaires, et mieux vaut que les autorités ferment les yeux, car les conséquences n’en sont jamais très graves.

Cette fois, il est vrai, il y avait lieu de craindre que l’issue ne fût fatale, tant les adversaires étaient sous le coup d’une animosité personnelle.

Karl s’était croisé les bras, et, regardant Jean de la tête aux pieds :

« Ah ! dit-il, tu as déjà fait choix de tes témoins ?…

— Les voici, répliqua Jean, en indiquant Gospodin et un autre étudiant.