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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/144

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un drame en livonie.

rique, ne cédaient ni devant les menaces ni devant les injures.

En ce moment, Siegfried, le verre à la main, s’approchant de Gospodin, lui en jeta le contenu au visage.

C’était le premier coup porté, et il allait être suivi de mille autres.

Et, cependant, rien qu’à la vue de Karl Johausen, qui venait d’apparaître sur les marches du perron, on s’arrêta de part et d’autre. Les rangs s’ouvrirent, et le fils du banquier put se diriger vers le groupe où se tenait le fils du professeur.

On ne saurait dépeindre l’attitude de Karl en cet instant. Calme, ce n’était pas la colère que sa physionomie respirait, c’était le dédain, le mépris, à mesure qu’il s’approchait de son adversaire. Ses camarades ne pouvaient s’y tromper : il ne venait là que pour lui jeter une nouvelle injure à la face.

Au tumulte avait succédé un silence plus terrible encore. On sentait que le conflit, qui précipitait l’une sur l’autre les corporations rivales de l’Université, allait se dénouer entre Jean Nicolef et Karl Johausen.

Cependant Gospodin, ne songeant plus à Siegfried, attendit que Karl se fût avancé de quelques pas, et fit un mouvement pour lui barrer le passage.

Jean le retint.

« Cela me regarde ! » dit-il simplement.

Et, en somme, il avait raison de dire que cela le regardait, et lui seul.

Aussi, gardant le plus parfait sang-froid, écarta-t-il de la main ceux de ses camarades qui voulaient s’interposer.

« Tu ne m’empêcheras pas… s’écria Gospodin au paroxysme de la colère.

— Je le veux ! » répondit Jean Nicolef, et d’une voix si résolue qu’il n’y avait pas à lui résister.