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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/139

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à l’université de dorpat.

le faisaient d’habitude, et se croisaient parfois avec les autres étudiants.

On se dévisageait alors. Des regards sortaient ces provocations que les lèvres ne laissaient pas s’échapper encore. Jean restait calme, affectait l’indifférence. Mais que de peine il éprouvait à contenir Gospodin !

Celui-ci ne détournait pas la tête, même en signe de dédain, il ne baissait pas les yeux. Son regard s’engageait comme le fer d’une épée avec celui de Karl.

Il s’en fallait de rien que cette attitude ne donnât lieu à une altercation, qui ne se fût certainement pas bornée à mettre ces deux seuls adversaires aux prises.

Enfin, la cloche du banquet se fit entendre. Karl Johausen, précédant ses camarades — plusieurs centaines — se dirigea vers la salle de l’amphithéâtre qui leur avait été réservée.

Bientôt, il ne resta plus dans la cour que Jean Nicolef, Gospodin et la cinquantaine d’étudiants slaves, attendant l’instant de quitter l’Université pour rentrer dans leurs familles ou chez leurs correspondants.

Puisque rien ne les retenait, peut-être eussent-ils sagement fait en partant sur l’heure. C’était l’avis de Jean Nicolef, mais en vain essaya-t-il de le faire partager à ses camarades. Il semblait que Gospodin et quelques autres fussent enchaînés au sol, attirés même vers l’amphithéâtre comme par un aimant.

Vingt minutes s’écoulèrent ainsi. Ils se promenaient en silence. Ils se rapprochaient des fenêtres de la salle ouvertes sur la cour. Que voulaient-ils donc ?… Écouter les bruyants propos qui s’en échappaient, et riposter si des paroles malséantes arrivaient à leurs oreilles ?…

En vérité, les convives n’eurent pas besoin d’attendre la fin du banquet pour préluder aux chants et aux toasts. Leurs têtes s’étaient enflammées dès les premières coupes vidées. À travers