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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/132

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un drame en livonie.

pas sans regret les allées de son jardin botanique, très apprécié des amateurs.

De même que l’élément germanique l’emportait alors parmi la population de Dorpat, de même, à cette époque, il était prédominant dans la classe universitaire.

Sur les neuf cents étudiants, on en comptait une cinquantaine au plus qui fussent de race slave.

Entre ces derniers, Jean Nicolef tenait le premier rang. Ses camarades le reconnaissaient, sinon pour leur chef, du moins pour leur porte-parole dans les conflits que la sagesse et la prudence du recteur ne parvenaient pas toujours à empêcher.

Ce jour-là, tandis que Karl Johausen et son groupe se promenaient à travers la cour, discutant on sait de quelle façon, à propos des éventualités qui pouvaient troubler leur festival, un autre groupe d’étudiants, bien moscovites de cœur et de naissance, s’entretenaient à l’écart et du même sujet.

L’un de ces étudiants, âgé de dix-huit ans, vigoureux pour son âge, d’une taille au-dessus de la moyenne, avait le regard franc et vif, la figure charmante, les joues à peine revêtues d’une barbe naissante, la lèvre déjà ornée d’une fine moustache. Dès le premier abord, ce jeune homme inspirait la sympathie, bien que sa physionomie fût sérieuse, — celle d’un zélé, d’un laborieux, déjà hanté par les préoccupations de l’avenir.

Jean Nicolef allait achever sa seconde année à l’Université. On l’eût reconnu rien qu’à sa ressemblance avec sa sœur Ilka. C’étaient deux natures graves et réfléchies, très pénétrées des sentiments du devoir, et lui peut-être plus que ne comportait sa jeunesse.

On comprend donc qu’il devait exercer un certain ascendant sur ses compagnons par le zèle dont il s’animait pour la défense des idées slaves.

Son camarade Gospodin appartenait à une riche famille estho-