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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/13

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frontière franchie.

coup de feu en témoignaient… Cependant, au milieu de cette obscurité brumeuse, ils pouvaient se croire dupes d’une illusion… Et, en effet, le fugitif eut tout lieu de l’admettre, d’après les propos qui furent échangés entre ces hommes, lorsqu’ils s’approchèrent.

Ils appartenaient à l’un des postes du lac Peipous, pauvres diables à l’uniforme passé du verdâtre au jaunâtre, et qui tendent si aisément la main aux pourboires, tant sont maigres les traitements que leur paye la « tamojna », la douane moscovite. Ils étaient deux, qui revenaient vers leur poste, lorsqu’ils avaient cru entrevoir une ombre entre les blocs.

« Tu es sûr d’avoir aperçu ?… disait l’un.

— Oui, répondait l’autre, quelque contrebandier qui essayait de s’introduire en Livonie…

— Ce n’est pas le premier de cet hiver, ce ne sera pas le dernier, et j’imagine que celui-là court encore, puisque nous n’en trouvons plus trace !

— Eh ! répliqua celui qui avait tiré, on ne peut guère viser au milieu d’une brume pareille, et je regrette de n’avoir pas mis notre homme à terre… Un contrebandier a toujours sa gourde pleine… Nous aurions partagé en bons camarades…

— Et il n’y a rien de tel pour vous refaire l’estomac ! » ajouta l’autre !

Les douaniers continuèrent leurs recherches, plus affriolés, sans doute, à la pensée de se réchauffer d’une large lampée de schnaps ou de vodka qu’à celle d’opérer la capture d’un fraudeur. Ce fut peine inutile.

Dès que le fugitif les crut suffisamment éloignés, il reprit sa marche en se dirigeant vers la rive, et avant le lever du jour, il avait trouvé un abri sous le paillis d’une hutte déserte, à trois verstes dans le sud du poste.