Ouvrir le menu principal

Page:Verne - P’tit-bonhomme, Hetzel, 1906.djvu/46

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
37
l’enterrement d’une mouette.

encore les ruines ont-elles leur charme, lorsque c’est le temps qui les a faites. Ici, de ces maisons inachevées faute d’argent, de ces édifices à peine ébauchés dont les murs étaient lézardés, enfin de tout ce qui était l’œuvre de l’abandon et non l’œuvre des siècles, il ne se dégageait qu’une impression de morne tristesse.

Pourtant ce qu’il y avait de plus désolé que les quartiers pauvres de Galway, de plus repoussant que les dernières masures de ses faubourgs, c’était l’abominable et nauséabonde demeure, l’abri insuffisant et répugnant, où la misère entassait les compagnons de P’tit-Bonhomme, et ils ne se hâtaient guère, Grip et lui, lorsque l’heure arrivait de rentrer à la ragged-school !




IV

l’enterrement d’une mouette.


Au cours de cette pénible existence, dans ce milieu dégradant des déguenillés, P’tit-Bonhomme ne faisait-il pas parfois un retour en arrière ? Qu’un enfant, heureux des soins qui l’entourent, des caresses qu’on lui prodigue, se livre tout entier au bonheur de vivre, sans le souci de ce qu’il a été ni de ce qu’il sera, qu’il s’abandonne à l’épanouissement de son jeune âge, cela se conçoit, cela doit être. Hélas ! il n’en va pas ainsi lorsque le passé n’a été que souffrances. L’avenir apparaît sous le plus sombre aspect. On regarde en avant, après avoir regardé en arrière.

Et s’il remontait d’une année ou deux, que revoyait-il, P’tit-Bonhomme ? Ce Thornpipe, brute et brutal, ce gueux sans pitié, qu’il craignait parfois de rencontrer au coin d’une rue, ou sur une grande route, ouvrant ses larges mains pour le ressaisir. Puis un souvenir