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Page:Verne - P’tit-bonhomme, Hetzel, 1906.djvu/424

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changement de couleur et d’état.

Et, lorsque la foule, en partie repoussée, eut laissé la rue à peu près libre, il se pencha sur cette pauvre fille… Elle était inanimée. Il lui souleva la tête, il l’inclina de manière que les rayons d’un bec de gaz vinssent l’éclairer de face.

« Sissy… Sissy !… » murmura-t-il.

C’était Sissy… Elle ne pouvait l’entendre.

Alors, sans plus réfléchir à ses actes, disposant de cette malheureuse comme si elle lui eût appartenu, comme un frère eût fait de sa sœur, il la releva, il l’entraîna vers la gare, inconsciente de ce qui se passait.

Et, lorsque le train partit, Sissy, placée dans un des compartiments de première classe, était couchée sur les coussins, n’ayant pas repris connaissance, et, agenouillé près d’elle, P’tit-Bonhomme l’appelait… lui parlait… la serrait dans ses bras…

Eh bien ! Est-ce qu’il n’avait pas le droit d’enlever Sissy, sa compagne de misère ?… Et de qui la pauvre fille aurait-elle pu se réclamer, si ce n’est de l’enfant qu’elle avait si souvent défendu contre les mauvais traitements dans l’abominable cabin de la Hard ?



XIII

changement de couleur et d’état.


À la date du 16 novembre 1885, y avait-il en Irlande — que disons-nous ? — dans toutes les îles Britanniques, dans toute l’Europe, dans l’univers entier, un lieu quelconque qui contînt une plus grande somme de bonheur que le bazar des Petites Poches, sous la raison sociale Little Boy and Co ?… Nous nous refusons à le croire, à