Ouvrir le menu principal

Page:Verne - P’tit-bonhomme, Hetzel, 1906.djvu/222

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
211
éviction.

« Qu’as-tu fait, mon fils… qu’as-tu fait ? dit Martine, tandis que les autres courbaient la tête.

— J’ai fait ce que tout Irlandais devrait faire, répondit Murdock, chasser les lords de l’Irlande, comme j’ai chassé leur agent de cette ferme ! »




XVI

éviction


Telle était la situation de la famille Mac Carthy au début de 1882. P’tit-Bonhomme venait d’accomplir sa dixième année. Vie courte, sans doute, si on ne l’évalue que par le temps écoulé, mais longue déjà par les épreuves. Il n’y comptait en tout que trois ans de bonheur — ces trois ans qui avaient suivi son arrivée à la ferme.

Ainsi, la misère qu’il avait connue autrefois, venait de s’abattre sur les êtres qu’il chérissait le plus au monde, sur cette famille devenue la sienne. Le malheur allait brutalement rompre les liens qui rattachaient le frère, la mère, les enfants. Ils seraient contraints de se séparer, de se disperser, peut-être de quitter l’Irlande, puisqu’ils ne pouvaient plus vivre sur leur île natale. Durant ces dernières années, n’a-t-on pas procédé à l’éviction de trois millions et demi de fermiers, et ce qui était arrivé à tant d’autres ne leur arriverait-il pas ?

Dieu prenne pitié de ce pays ! La famine, c’est comme une épidémie, comme une guerre qui le ravage. Mêmes fléaux, mêmes conséquences.

On se souvient toujours de l’hiver 1740-41, où tant d’affamés suc-