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Page:Verne - P’tit-bonhomme, Hetzel, 1906.djvu/19

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p’tit-bonhomme.

ne dédaigne pas d’accepter quelque broc de bière sur le comptoir d’un débit. La pureté de ses mœurs n’a jamais subi la moindre atteinte. Et, d’ailleurs, comment son influence ne serait-elle pas dominante en ces contrées si pénétrées de catholicisme, où, ainsi que le dit Mlle Anne de Bovet dans son remarquable voyage intitulé Trois Mois en Irlande, « la menace d’être exclu de la Sainte-Table ferait passer le paysan par le trou d’une aiguille ».

Il y avait donc un public autour de la charrette, un public un peu plus productif — si l’on veut nous permettre ce mot — que n’aurait pu l’espérer Thornpipe. Vraisemblablement son exhibition avait quelques chances de succès, Westport n’ayant en aucun temps été honoré d’un spectacle de ce genre.

Aussi le montreur de cabotins fit-il retentir une dernière fois son cri de « great attraction » :

« Marionnettes royales… marionnettes ! »




II

marionnettes royales !


La charrette de Thornpipe est établie d’une façon très rudimentaire : un brancard auquel le farouche épagneul est attelé ; une caisse quadrangulaire, placée sur deux roues — ce qui rendait le tirage plus facile au long des chemins cahoteux du comté ; deux poignées en arrière permettant de la pousser comme les baladeuses des marchands ambulants ; au-dessus de la caisse, un tendelet de toile, disposé sur quatre tiges de fer, et qui l’abrite sinon contre le soleil peu ardent d’ordinaire, du moins contre les pluies interminables de la haute