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La brise avait plutôt fraîchi pendant la nuit. Il ventait grand frais. On ne put rétablir les perroquets qui avaient été serrés la veille, et M. Gibson dut se contenter de larguer les ris des huniers. Le brick filait à la vitesse de douze milles à l’heure, incliné sur tribord, soulevé longuement par la houle du large, Parfois les lames, heurtant sa joue, le couvraient d’embruns à l’avant. Son étrave plongeait jusqu’à noyer la figure de proue, puis il se relevait aussitôt.

Ces coups de tangage et de roulis n’étaient point pour gêner M. Hawkins et Nat Gibson. Ayant déjà navigué, l’accoutumance ne leur manquait pas, et le mal de mer n’avait pas prise sur eux, Ils respiraient avec volupté cet air vivifiant, imprégné des salures marines, dont les poumons peuvent si largement s’emplir. En même temps, leurs regards prenaient plaisir à contempler ces sites infiniment variés de la côte occidentale.

Cette côte est peut-être plus curieuse que celle de l’Île du sud. Ika-na-Maoui — ce nom signifie en langue polynésienne « le Poisson de Maoui » — se montre plus riche en criques, en baies, en ports que Tawai-Pounamou, nom que les indigènes donnent au lac dans lequel se recueille le jade vert. Du large, la vue s’étend sur la chaîne montagneuse, toute