Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Les Cinq Cents Millions de la Bégum - Les Révoltés de la Bounty.djvu/183

Cette page a été validée par deux contributeurs.


LES
RÉVOLTÉS DE LA « BOUNTY »[1]


CHAPITRE PREMIER

l’abandon


Pas le moindre souffle, pas une ride à la surface de la mer, pas un nuage au ciel. Les splendides constellations de l’hémisphère austral se dessinent avec une incomparable pureté. Les voiles de la Bounty pendent le long des mâts, le bâtiment est immobile, et la lumière de la lune, pâlissant devant l’aurore qui se lève, éclaire l’espace d’une lueur indéfinissable.

La Bounty, navire de deux cent quinze tonneaux monté par quarante-six hommes, avait quitté Spithead, le 23 décembre 1787, sous le commandement du capitaine Bligh, marin expérimenté mais un peu rude, qui avait accompagné le capitaine Cook dans son dernier voyage d’exploration.

La Bounty avait pour mission spéciale de transporter aux Antilles l’arbre à pain, qui pousse à profusion dans l’archipel de Taïti. Après une relâche de six mois dans la baie de Matavaï, William Bligh, ayant chargé un millier de ces arbres, avait pris la route des Indes occidentales, après un assez court séjour aux îles des Amis.

Maintes fois, le caractère soupçonneux et emporté du capitaine avait amené des scènes désagréables entre quelques-uns de ses officiers et lui. Cependant,

  1. Nous croyons bon de prévenir nos lecteurs que ce récit n’est point une fiction. Tous les détails en ont été pris aux annales maritimes de la Grande-Bretagne. La réalité fournit quelquefois des faits si romanesques que l’imagination elle-même ne pourrait rien y ajouter.