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le chancellor.

Les passagers du radeau sont connus. Voici maintenant quelles sont leurs ressources.

Robert Kurtis n’a pu embarquer que ce qui restait des provisions retirées de la cambuse, dont la plus grande partie a été détruite au moment où a été submergé le pont du Chancellor. Ces provisions sont peu abondantes, si l’on considère que nous sommes dix-huit à nourrir et que bien des jours peuvent s’écouler encore avant qu’un navire ou une terre soient signalés. Un baril de biscuits, un baril de viande sèche, un petit tonneau de brandevin, deux barriques d’eau, voilà tout ce qui a pu être sauvé. Il est donc important de se rationner dès ce premier jour.

De vêtements de rechange, nous n’en avons absolument aucun. Quelques voiles nous serviront à la fois de couvertures et d’abri. Les outils, appartenant au charpentier Daoulas, le sextant et la boussole, une carte, nos couteaux de poche, une bouilloire de métal, une tasse de fer blanc qui n’a jamais quitté le vieil Irlandais O’Ready : tels sont les instruments et ustensiles qui nous restent. Toutes les caisses, déposées sur le pont et destinées au premier radeau, ont coulé au moment de l’engloutissement partiel du navire, et, depuis ce moment, il n’a plus été possible de pénétrer dans la cale.

Voilà donc la situation. Elle est grave sans être désespérée. Malheureusement, il est à craindre que l’énergie morale en même temps que l’énergie physique manque à plus d’un. D’ailleurs, il en est parmi nous dont les mauvais instincts seront bien difficiles à contenir !

xxxi

Suite du 7 décembre. — Le premier jour n’a été marqué par aucun incident.

Aujourd’hui, à huit heures du matin, le capitaine Kurtis nous a tous rassemblés, passagers et marins.

« Mes amis, a-t-il dit, entendez bien ceci. Je commande sur ce radeau comme je commandais à bord du Chancellor. Je compte donc être obéi de tous sans exception. Ne pensons qu’au salut commun, soyons unis, et que le ciel nous protège ! »

Ces paroles ont été bien accueillies.