Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/82

Cette page a été validée par deux contributeurs.


qu’alors, réduit à ne plus être qu’un ruisseau, devait sourdre à peu de distance. À quelques centaines de pieds au-dessus des derniers plis du terrain s’arrondissait le plateau d’Orgall, couronné par les constructions du burg.

Nic Deck atteignit enfin ce plateau, après un dernier coup de collier qui réduisit le docteur à l’état de masse inerte. Le pauvre homme n’aurait pas eu la force de se traîner vingt pas de plus, et il tomba comme le bœuf qui s’abat sous la masse du boucher.

Nic Deck se ressentait à peine de la fatigue de cette rude ascension. Debout, immobile, il dévorait du regard ce château des Carpathes, dont il ne s’était jamais approché.

Devant ses yeux se développait une enceinte crénelée, défendue par un fossé profond, et dont l’unique pont-levis était redressé contre une poterne, qu’encadrait un cordon de pierres.

Autour de l’enceinte, à la surface du plateau d’Orgall, tout était abandon et silence.

Un reste de jour permettait d’embrasser l’ensemble du burg qui s’estompait confusément au milieu des ombres du soir. Personne ne se montrait au-dessus du parapet de la courtine, personne sur la plate-forme supérieure du donjon, ni sur la terrasse circulaire du premier étage. Pas un filet de fumée ne s’enroulait autour de l’extravagante girouette, rongée d’une rouille séculaire.

« Eh bien, forestier, demanda le docteur Patak, conviendras-tu qu’il est impossible de franchir ce fossé, de baisser ce pont-levis, d’ouvrir cette poterne ? »

Nic Deck ne répondit pas. Il se rendait compte qu’il serait nécessaire de faire halte devant les murs du château. Au milieu de cette obscurité, comment aurait-il pu descendre au fond du fossé et s’élever le long de l’escarpe pour pénétrer dans l’enceinte ? Évidemment, le plus sage était d’attendre l’aube prochaine, afin d’agir en pleine lumière.

C’est ce qui fut résolu au grand ennui du forestier, mais à l’extrême satisfaction du docteur.