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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/72

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Au temps où il était habité par le comte Rodolphe de Gortz, la communication entre le village de Werst, le col de Vulkan et la vallée de la Sil valaque se faisait par une étroite percée qui avait été ouverte en suivant cette direction. Mais, livrée depuis vingt ans aux envahissements de la végétation, obstruée par l’inextricable fouillis des broussailles, c’est en vain qu’on y eût cherché la trace d’une sente ou d’une tortillère.

Au moment d’abandonner le lit profondément encaissé du Nyad, que remplissait une eau mugissante, Nic Deck s’arrêta afin de s’orienter. Le château n’était déjà plus visible. Il ne le redeviendrait qu’au delà du rideau des forêts qui s’étageaient sur les basses pentes de la montagne, — disposition commune à tout le système orographique des Carpathes. L’orientation devait donc être difficile à déterminer, faute de repères. On ne pouvait l’établir que par la position du soleil, dont les rayons affleuraient alors les lointaines crêtes vers le sud-est.

« Tu le vois, forestier, dit le docteur, tu le vois !… il n’y a pas même de chemin… ou plutôt, il n’y en a plus !

— Il y en aura, répondit Nic Deck.

— C’est facile à dire, Nic…

— Et facile à faire, Patak.

— Ainsi, tu es toujours décidé ?… »

Le forestier se contenta de répondre par un signe affirmatif et prit route à travers les arbres.

À ce moment, le docteur éprouva une fière envie de rebrousser chemin ; mais son compagnon, qui venait de se retourner, lui jeta un regard si résolu que le poltron ne jugea pas à propos de rester en arrière.

Le docteur Patak avait encore un dernier espoir : c’est que Nic Deck ne tarderait pas à s’égarer au milieu du labyrinthe de ces bois, où son service ne l’avait jamais amené. Mais il comptait sans ce flair merveilleux, cet instinct professionnel, cette aptitude « animale » pour ainsi dire, qui permet de se guider sur les moindres indices,