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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/64

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du silence général, et voici les paroles qui furent lentement prononcées :

« Nicolas Deck, ne va pas demain au burg !… N’y va pas… ou il t’arrivera malheur ! »

Qui s’était exprimé de la sorte ?… D’où venait cette voix que personne ne connaissait et qui semblait sortir d’une bouche invisible ?… Ce ne pouvait être qu’une voix de revenant, une voix surnaturelle, une voix de l’autre monde…

L’épouvante fut au comble. On n’osait pas se regarder, on n’osait pas prononcer une parole…

Le plus brave — c’était évidemment Nic Deck — voulut alors savoir à quoi s’en tenir. Il est certain que c’était dans la salle même que ces paroles avaient été articulées. Et, tout d’abord, le forestier eut le courage de se rapprocher du bahut et de l’ouvrir…

Personne.

Il alla visiter les chambres du rez-de-chaussée, qui donnaient sur la salle…

Personne.

Il poussa la porte de l’auberge, s’avança au-dehors, parcourut la terrasse jusqu’à la grande rue de Werst…

Personne.

Quelques instants après, maître Koltz, le magister Hermod, le docteur Patak, Nic Deck, le berger Frik et les autres avaient quitté l’auberge, laissant le cabaretier Jonas, qui se hâta de clore sa porte à double tour.

Cette nuit-là, comme s’ils eussent été menacés d’une apparition fantastique, les habitants de Werst se barricadèrent solidement dans leurs maisons…

La terreur régnait au village.