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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/56

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— Pour lesquelles vous chômerez d’acheteurs, mon vieux homme ! » riposta le cabaretier.

On voit où ils en étaient de leur conversation, ces dignes notables. À travers les terreurs personnelles que leur occasionnait le château des Carpathes, surgissait le sentiment de leurs intérêts si regrettablement lésés. Plus de voyageurs, et Jonas en souffrait dans le revenu de son auberge. Plus d’étrangers, et maître Koltz en pâtissait dans la perception du péage, dont le chiffre s’abaissait graduellement. Plus d’acquéreurs pour les terres du col de Vulkan, et les propriétaires ne pouvaient trouver à les vendre, même à vil prix. Cela durait depuis des années, et cette situation, très dommageable, menaçait de s’aggraver encore.

En effet, s’il en était ainsi, quand les esprits du burg se tenaient tranquilles au point de ne s’être jamais laissé apercevoir, que serait-ce maintenant s’ils manifestaient leur présence par des actes matériels ?

Le berger Frik crut alors devoir dire, mais d’une voix assez hésitante :

« Peut-être faudrait-il ?…

— Quoi ? demanda maître Koltz.

— Y aller voir, mon maître. »

Tous s’entre-regardèrent, puis baissèrent les yeux, et cette question resta sans réponse.

Ce fut Jonas qui, s’adressant à maître Koltz, reprit la parole.

« Votre berger, dit-il d’une voix ferme, vient d’indiquer la seule chose qu’il y ait à faire.

— Aller au burg…

— Oui, mes bons amis, répondit l’aubergiste. Si une fumée s’échappe de la cheminée du donjon, c’est qu’on y fait du feu, et si l’on y fait du feu, c’est qu’une main l’a allumé…

— Une main… à moins que ce soit une griffe ! répliqua le vieux paysan en secouant la tête.

— Main ou griffe, dit le cabaretier, peu importe ! Il faut savoir