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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/50

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IV

En quelques minutes, la nouvelle rapportée par le berger se fut répandue dans le village. Maître Koltz, ayant en main la précieuse lunette, venait de rentrer à la maison, suivi de Nic Deck et de Miriota. À ce moment, il n’y avait plus sur la terrasse que Frik, entouré d’une vingtaine d’hommes, femmes et enfants, auxquels s’étaient joints quelques Tsiganes, qui ne se montraient pas les moins émus de la population werstienne. On entourait Frik, on le pressait de questions, et le berger répondait avec cette superbe importance d’un homme qui vient de voir quelque chose de tout à fait extraordinaire.

« Oui ! répétait-il, le burg fumait, il fume encore, et il fumera tant qu’il en restera pierre sur pierre ! »

— Mais qui a pu allumer ce feu ?… demanda une vieille femme, qui joignait les mains.

— Le Chort, répondit Frik, en donnant au diable le nom qu’il a en ce pays, et voilà un malin qui s’en tend mieux à entretenir les feux qu’à les éteindre »

Et, sur cette réplique, chacun de chercher à apercevoir la fumée sur la pointe du donjon. En fin de compte, la plupart affirmèrent qu’ils la distinguaient parfaitement, bien qu’elle fût parfaitement invisible à cette distance.

L’effet produit par ce singulier phénomène dépassa tout ce qu’on pourrait imaginer. Il est nécessaire d’insister sur ce point. Que le lecteur veuille bien se mettre dans une disposition d’esprit identique à celle des gens de Werst, et il ne s’étonnera plus des faits qui