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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/24

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— Quand je vous le disais ! fit observer le colporteur.

— Oui… oui… c’est bien Nic ! reprit le berger. Et quelle est la fille qui sort de la maison de maître Koltz, en jupe rouge et en corsage noir, comme pour aller au-devant de lui ?…

— Regardez, pasteur, vous reconnaîtrez la fille aussi bien que le garçon…

— Eh ! oui !… c’est Miriota… la belle Miriota !… Ah ! les amoureux… les amoureux !… Cette fois, ils n’ont qu’à se tenir, car, moi, je les tiens au bout de mon tuyau, et je ne perds pas une de leurs mignasses !

— Que dites-vous de ma machine ?

— Eh ! eh !… qu’elle fait voir au loin ! »

Pour que Frik en fût à n’avoir jamais auparavant regardé à travers une lunette, il fallait que le village de Werst méritât d’être rangé parmi les plus arriérés du comitat de Klausenburg. Et cela était, on le verra bientôt.

« Allons, pasteur, reprit le forain, visez encore… et plus loin que Werst… Le village est trop près de nous… Visez au delà, bien au delà, vous dis-je !…

— Et ça ne me coûtera pas davantage ?…

— Pas davantage.

— Bon !… je cherche du côté de la Sil hongroise ! Oui… voilà le clocher de Livadzel… je le reconnais à sa croix qui est manchotte d’un bras… Et, au delà, dans la vallée, entre les sapins, j’aperçois le clocher de Petroseny, avec son coq de fer-blanc, dont le bec est ouvert, comme s’il allait appeler ses poulettes !… Et là-bas, cette tour qui pointe au milieu des arbres… Ce doit être la tour de Petrilla… Mais, j’y pense, colporteur, attendez donc, puisque c’est toujours le même prix…

— Toujours, pasteur. »

Frik venait de se tourner vers le plateau d’Orgall ; puis, du bout de la lunette, il suivait le rideau des forêts assombries sur les pentes du Plesa, et le champ de l’objectif encadra la lointaine silhouette du burg.