Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/23

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Puis, hochant la tête :

« Une lunette ? dit-il.

— Oui, pasteur, une fameuse encore, et qui vous allonge joliment la vue.

— Oh ! j’ai de bons yeux, l’ami. Quand le temps est clair, j’aperçois les dernières roches jusqu’à la tête du Retyezat, et les derniers arbres au fond des défilés du Vulkan.

— Sans cligner ?…

— Sans cligner. C’est la rosée qui me vaut ça, lorsque je dors du soir au matin à la belle étoile. Voilà qui vous nettoie proprement la prunelle.

— Quoi… la rosée ? répondit le colporteur. Elle rendrait plutôt aveugle…

— Pas les bergers.

— Soit ! Mais si vous avez de bons yeux, les miens sont encore meilleurs, lorsque je les mets au bout de ma lunette.

— Ce serait à voir.

— Voyez en y mettant les vôtres…

— Moi ?…

— Essayez.

— Ça ne me coûtera rien ? demanda Frik, très méfiant de sa nature.

— Rien… à moins que vous ne vous décidiez à m’acheter la mécanique. »

Bien rassuré à cet égard, Frik prit la lunette, dont les tubes furent ajustés par le colporteur. Puis, ayant fermé l’œil gauche, il appliqua l’oculaire à son œil droit.

Tout d’abord, il regarda dans la direction du col de Vulkan, en remontant vers le Plesa. Cela fait, il abaissa l’instrument, et le braqua vers le village de Werst.

« Eh ! eh ! dit-il, c’est pourtant vrai… Ça porte plus loin que mes yeux… Voilà la grande rue… je reconnais les gens… Tiens, Nic Deck, le forestier, qui revient de sa tournée, le havresac au dos, le fusil sur l’épaule…