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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/210

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d’Orlando, ce finale où l’âme de la cantatrice s’était brisée sur cette dernière phrase :

Innamorata, mio cuore tremante,
Voglio morire…

Franz la suivait note par note, cette phrase ineffable… Et il se disait qu’elle ne serait pas interrompue, comme elle l’avait été sur le théâtre de San-Carlo !… Non !… Elle ne mourrait pas entre les lèvres de la Stilla, comme elle était morte à sa représentation d’adieu…

Franz ne respirait plus… Toute sa vie était attachée à ce chant… Encore quelques mesures, et ce chant s’achèverait dans toute son incomparable pureté…

Mais voici que la voix commence à faiblir… On dirait que la Stilla hésite en répétant ces mots d’une douleur poignante :

Voglio morire…

La Stilla va-t-elle tomber sur cette estrade comme elle est autrefois tombée sur la scène ?…

Elle ne tombe pas, mais le chant s’arrête à la même mesure, à la même note qu’au théâtre de San-Carlo… Elle pousse un cri… et c’est le même cri que Franz avait entendu ce soir-là…

Et pourtant, la Stilla est toujours là, debout, immobile, avec son regard adoré, — ce regard qui jette au jeune comte toutes les tendresses de son âme…

Franz s’élance vers elle… Il veut l’emporter hors de cette salle, hors de ce château…

À ce moment, il se rencontre face à face avec le baron, qui venait de se relever.

« Franz de Télek !… s’écrie Rodolphe de Gortz. Franz de Télek qui a pu s’échapper… »

Mais Franz ne lui répond même pas, et, se précipitant vers l’estrade :