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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/171

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heures… Puis, pars pour Karlsburg… Là, tu préviendras le chef de la police… Tu lui raconteras tout… Enfin, reviens avec des agents… S’il le faut, que l’on donne l’assaut au burg !… Délivrez-la !… Ah ! ciel de Dieu… elle… vivante… au pouvoir de Rodolphe de Gortz !… »

Et, tandis que ces phrases entrecoupées étaient jetées par le jeune comte, Rotzko voyait la surexcitation de son maître s’accroître et se manifester par les sentiments désordonnés d’un homme qui ne se possède plus.

« Va… Rotzko ! s’écria-t-il une dernière fois.

— Vous le voulez ?…

— Je le veux ! »

Devant cette formelle injonction, Rotzko n’avait plus qu’à obéir. D’ailleurs, Franz s’était éloigné, et, déjà l’ombre le dérobait aux regards du soldat.

Rotzko resta quelques instants à la même place, ne pouvant se décider à partir. Alors l’idée lui vint que les efforts de Franz seraient inutiles, qu’il ne parviendrait même pas à franchir l’enceinte, qu’il serait forcé de revenir au village de Vulkan… peut-être le lendemain… peut-être cette nuit… Tous deux iraient alors à Karlsburg, et ce que ni Franz ni le forestier n’avaient pu faire, on le ferait avec les agents de l’autorité… on aurait raison de ce Rodolphe de Gortz… on lui arracherait l’infortunée Stilla… on fouillerait ce burg des Carpathes… on n’en laisserait pas une pierre, au besoin… quand tous les diables de l’enfer seraient réunis pour le défendre !

Et Rotzko redescendit les pentes du plateau d’Orgall, afin de rejoindre la route du col de Vulkan.

Cependant, en suivant le rebord de la contrescarpe, Franz avait déjà contourné le bastion d’angle qui la flanquait à gauche.

Mille pensées se croisaient dans son esprit. Il n’y avait pas de doute maintenant sur la présence du baron de Gortz dans le burg, puisque la Stilla y était séquestrée… Ce ne pouvait être que lui qui était là… La Stilla vivante !… Mais comment Franz parviendrait-il jusqu’à elle ?… Comment arriverait-il à l’entraîner hors du château ?…