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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/168

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le docteur Patak disait l’avoir été dans le fossé, au pied de la courtine ?… Non ! ses jambes étaient libres de toute entrave, de toute embûche… Il pouvait aller et venir à la surface du plateau, et s’il l’avait voulu, rien ne l’eût empêché de faire le tour de l’enceinte, en longeant le rebord de la contrescarpe…

Et peut-être le voulait-il ?

C’est même ce que pensa Rotzko, qui se décida à dire une dernière fois :

« Venez-vous, mon maître ?…

— Oui… oui… », répondit Franz.

Et il restait immobile.

Le plateau d’Orgall était déjà obscur. L’ombre élargie du massif, en remontant vers le sud, dérobait l’ensemble des constructions, dont les contours ne présentaient plus qu’une silhouette incertaine. Bientôt rien n’en serait visible, si aucune lueur ne jaillissait des étroites fenêtres du donjon.

« Mon maître… venez donc ! » répéta Rotzko.

Et Franz allait enfin le suivre, lorsque, sur le terre-plein du bastion, où se dressait le hêtre légendaire, apparut une forme vague…

Franz s’arrêta, regardant cette forme, dont le profil s’accentuait peu à peu.

C’était une femme, la chevelure dénouée, les mains tendues, enveloppée d’un long vêtement blanc.

Mais ce costume, n’était-ce pas celui que portait la Stilla dans cette scène finale d’Orlando, où Franz de Télek l’avait vue pour la dernière fois ?

Oui ! et c’était la Stilla, immobile, les bras dirigés vers le jeune comte, son regard si pénétrant attaché sur lui…

« Elle !… Elle !… » s’écria-t-il.

Et, se précipitant, il eût roulé jusqu’aux assises de la muraille, si Rotzko ne l’eût retenu…

L’apparition s’effaça brusquement. C’est à peine si la Stilla s’était montrée pendant une minute…