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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/167

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— pas même un cri d’oiseau — ne troublait le mystère de la ténébreuse demeure.

Pendant quelques moments, Franz embrassa avidement du regard cette enceinte qui s’emplissait autrefois du tumulte des fêtes et du fracas des armes. Mais il se taisait, tant son esprit était hanté de pensées accablantes, son cœur gros de souvenirs.

Rotzko, qui voulait laisser le jeune comte à lui-même, avait eu soin de se mettre à l’écart. Il ne se fût pas permis de l’interrompre par une seule observation. Mais, lorsque le soleil déclinant derrière le massif du Plesa, la vallée des deux Sils commença à s’emplir d’ombre, il n’hésita plus.

« Mon maître, dit-il, le soir est venu… Nous allons bientôt sur huit heures. »

Franz ne parut pas l’entendre.

« Il est temps de partir, reprit Rotzko, si nous voulons être à Livadzel avant que les auberges soient fermées.

— Rotzko… dans un instant… oui… dans un instant… je suis à toi, répondit Franz.

— Il nous faudra bien une heure, mon maître, pour regagner la route du col, et comme la nuit sera close alors, nous ne risquerons point d’être vus en la traversant.

— Encore quelques minutes, répondit Franz, et nous redescendrons vers le village. »

Le jeune comte n’avait pas bougé de la place où il s’était arrêté en arrivant sur le plateau d’Orgall.

« N’oubliez pas, mon maître, reprit Rotzko que, la nuit, il sera difficile de passer au milieu de ces roches… À peine y sommes-nous parvenus, lorsqu’il faisait grand jour… Vous m’excuserez, si j’insiste…

— Oui… partons… Rotzko… Je te suis… »

Et il semblait que Franz fût invinciblement retenu devant le burg, peut-être par un de ces pressentiments secrets dont le cœur est inhabile à se rendre compte. Était-il donc enchaîné au sol, comme