Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/159

Cette page a été validée par deux contributeurs.


prendre à cette heure pour en finir avec les prétendus esprits du burg.

— En effet, mon maître, ils n’ont qu’à prévenir la police de Karlsburg.

— Nous nous mettrons en route après déjeuner, Rotzko.

— Tout sera prêt.

— Mais, avant de redescendre dans la vallée de la Sil, nous ferons un détour vers le Plesa.

— Et pourquoi, mon maître ?

— Je désirerais voir de plus près ce singulier château des Carpathes.

— À quoi bon ?…

— Une fantaisie, Rotzko, une fantaisie qui ne nous retardera pas même d’une demi-journée. »

Rotzko fut très contrarié de cette détermination, qui lui paraissait au moins inutile. Tout ce qui pouvait rappeler trop vivement au jeune comte le souvenir du passé, il aurait voulu l’écarter. Cette fois, ce fut en vain, et il se heurta à une inflexible résolution de son maître.

C’est que Franz, — comme s’il eût subi quelque influence irrésistible, — se sentait attiré vers le burg. Sans qu’il s’en rendît compte, peut-être cette attraction se rattachait-elle à ce rêve dans lequel il avait entendu la voix de la Stilla murmurer la plaintive mélodie de Stéfano.

Mais avait-il rêvé ?… Oui ! voilà ce qu’il en était à se demander se rappelant que, dans cette même salle du Roi Mathias, une voix s’était déjà fait entendre, assurait-on, — cette voix dont Nic Deck avait si imprudemment bravé les menaces. Aussi, avec la disposition mentale où se trouvait le jeune comte, ne s’étonnera-t-on pas qu’il eût formé le projet de se diriger vers le château des Carpathes, de remonter jusqu’au pied de ses vieilles murailles, sans avoir d’ailleurs la pensée d’y pénétrer.

Il va de soi que Franz de Télek était bien décidé à ne rien faire