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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/156

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où l’on peut percevoir le moindre bruit, lorsque se produisit un phénomène surprenant.

Il semble qu’une voix, douce et modulée, passe à travers dans cette salle où Franz est seul, bien seul pourtant.

Sans se demander s’il rêve ou non, Franz se relève et il écoute.

Oui ! on dirait qu’une bouche s’est approchée de son oreille, et que des lèvres invisibles laissent échapper l’expressive mélodie de Stéfano, inspirée par ces paroles :

Nel giardino de’ mille fiori,
Andiamo, mio cuore…

Cette romance, Franz la connaît… Cette romance, d’une ineffable suavité, la Stilla l’a chantée dans le concert qu’elle a donné au théâtre San-Carlo avant sa représentation d’adieu…

Comme bercé, sans s’en rendre compte, Franz s’abandonne au charme de l’entendre encore une fois…

Puis la phrase s’achève, et la voix, qui diminue par degrés, s’éteint avec les molles vibrations de l’air.

Mais Franz a secoué sa torpeur… Il s’est dressé brusquement… Il retient son haleine, il cherche à saisir quelque lointain écho de cette voix qui lui va au cœur…

Tout est silence au-dedans et au-dehors.

« Sa voix !… murmure-t-il. Oui !… c’était bien sa voix… sa voix que j’ai tant aimée ! »

Puis, revenant au sentiment de la réalité :

« Je dormais… et j’ai rêvé ! » dit-il.