Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/142

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Cette lettre ne contenait que ces mots d’un laconisme menaçant :

« C’est vous qui l’avez tuée !… Malheur à vous, comte de Télek !

Rodolphe de Gortz. »

X

Telle avait été cette lamentable histoire.

Pendant un mois, l’existence de Franz de Télek fut en danger. Il ne reconnaissait personne — pas même son soldat Rotzko. Au plus fort de la fièvre, un seul nom entr’ouvrait ses lèvres, prêtes à rendre leur dernier souffle : c’était celui de la Stilla.

Le jeune comte échappa à la mort. L’habileté des médecins, les soins incessants de Rotzko, et, aussi, la jeunesse et la nature aidant, Franz de Télek fut sauvé. Sa raison sortit intacte de cet effroyable ébranlement. Mais, lorsque le souvenir lui revint, lorsqu’il se rappela la tragique scène finale d’Orlando, dans laquelle l’âme de l’artiste s’était brisée :

« Stilla !… ma Stilla ! » s’écriait-il, tandis que ses mains se tendaient comme pour l’applaudir encore.

Dès que son maître put quitter le lit, Rotzko obtint de lui qu’il fuirait cette ville maudite, qu’il se laisserait transporter au château de Krajowa. Toutefois, avant d’abandonner Naples, le jeune comte voulut aller prier sur la tombe de la morte, et lui donner un suprême, un éternel adieu.

Rotzko l’accompagna au Campo Santo Nuovo. Franz se jeta sur cette terre cruelle, il s’efforçait de la creuser avec ses ongles, pour