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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/122

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— Une journée suffirait.

— Sans doute, mais je me rends à Karlsburg, et je compte partir demain matin.

— Quoi, monsieur le comte songerait à nous quitter si tôt ? » dit Jonas en prenant son air le plus gracieux.

Et il n’aurait pas été fâché de voir ses deux hôtes prolonger leur halte au Roi Mathias.

« Il le faut, répondit le comte de Télek. Du reste, à quoi me servirait de séjourner à Werst ?…

— Croyez que notre village vaut la peine d’arrêter quelque temps un touriste ! fit observer maître Koltz.

— Cependant, il paraît être peu fréquenté, répliqua le jeune comte, et c’est probablement parce que ses environs n’offrent rien de curieux…

— En effet, rien de curieux… dit le biró, en songeant au burg.

— Non… rien de curieux… répéta le magister.

— Oh !… Oh !… » fit le berger Frik, auquel cette exclamation échappa involontairement.

Quels regards lui jetèrent maître Koltz et les autres — et plus particulièrement l’aubergiste ! Était-il donc urgent de mettre un étranger au courant des secrets du pays ? Lui dévoiler ce qui se passait sur le plateau d’Orgall, signaler à son attention le château des Carpathes, n’était-ce pas vouloir l’effrayer, lui donner l’envie de quitter le village ? Et à l’avenir, quels voyageurs voudraient suivre la route du col de Vulkan pour pénétrer en Transylvanie ?

Vraiment, ce pâtour ne montrait pas plus d’intelligence que le dernier de ses moutons.

« Mais tais-toi donc, imbécile, tais-toi donc ! » lui dit à mi-voix maître Koltz.

Toutefois, la curiosité du jeune comte ayant été éveillée, il s’adressa directement à Frik, lui demanda ce que signifiait ces oh ! oh ! interjectifs.

Le berger n’était point homme à reculer, et, au fond, peut-être