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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/117

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Et Jonas se disposait à regagner la cuisine, lorsqu’une question l’arrêta.

« Vous ne semblez pas avoir grand monde à votre auberge ?… dit Franz de Télek.

— En effet… il ne s’y trouve personne en ce moment, monsieur le comte.

— Ce n’est donc pas l’heure où les gens du pays viennent boire en fumant leur pipe ?

— L’heure est passée… monsieur le comte… car on se couche avec les poules au village de Werst. »

Jamais il n’aurait voulu dire pourquoi le Roi Mathias ne renfermait pas un seul client.

« Est-ce que votre village ne compte pas de quatre à cinq cents habitants ?

— Environ, monsieur le comte.

— Pourtant, nous n’avons pas rencontré âme qui vive en descendant la principale rue…

— C’est que… aujourd’hui… nous sommes au samedi… et la veille du dimanche… »

Franz de Télek n’insista pas, heureusement pour Jonas, qui ne savait plus que répondre. Pour rien au monde il ne se serait décidé à avouer la situation. Les étrangers ne l’apprendraient que trop tôt, et qui sait s’ils ne se hâteraient pas de fuir un village suspect à si juste titre !

« Pourvu que la voix ne recommence pas à bavarder, tandis qu’ils seront en train de souper ! » pensait Jonas, en dressant la table au milieu de la salle.

Quelques instants après, le très simple repas qu’avait commandé le jeune comte était proprement servi sur une nappe bien blanche. Franz de Télek s’assit, et Rotzko prit place en face de lui, suivant leur habitude en voyage. Tous deux mangèrent de grand appétit ; puis, le repas achevé, ils se retirèrent chacun dans sa chambre.