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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/111

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forestier fût parvenu à franchir la courtine, il n’aurait jamais reparu au village.

Il suit de là que l’épouvante fut plus complète que jamais à Werst, même à Vulkan, et aussi dans toute la vallée des deux Sils. On ne parlait rien moins que d’abandonner le pays ; déjà quelques familles tsiganes émigraient plutôt que de séjourner au voisinage du burg. À présent qu’il servait de refuge à des êtres surnaturels et malfaisants, c’était au delà de ce que pouvait supporter le tempérament public. Il n’y avait plus qu’à s’en aller vers quelque autre région du comitat, à moins que le gouvernement hongrois ne se décidât à détruire cet inabordable repaire. Mais le château des Carpathes était-il destructible par les seuls moyens que des hommes eussent à leur disposition ?

Pendant la première semaine de juin, personne ne s’aventura hors du village, pas même pour vaquer aux travaux de culture. Le moindre coup de bêche ne pouvait-il provoquer l’apparition d’un fantôme, enfoui dans les entrailles du sol ?… Le coutre de la charrue, en creusant le sillon, ne ferait-il pas envoler des bandes de staffii ou de striges ?… Où l’on sèmerait du grain de blé ne pousserait-il pas de la graine de démons ?

« C’est ce qui ne manquerait pas d’arriver ! » disait le berger Frik d’un ton convaincu.

Et, pour son compte, il se gardait bien de retourner avec ses moutons dans les pâtures de la Sil.

Ainsi, le village était terrorisé. Le travail des champs était entièrement délaissé. On se tenait chez soi, portes et fenêtres closes. Maître Koltz ne savait quel parti prendre pour ramener chez ses administrés une confiance qui lui faisait défaut, d’ailleurs, à lui-même. Décidément, le seul moyen, ce serait d’aller à Kolosvar, afin de réclamer l’intervention des autorités.

Et la fumée, est-ce qu’elle reparaissait encore à la pointe de la cheminée du donjon ?… Oui, plusieurs fois la lunette permit de l’apercevoir, au milieu des vapeurs qui traînaient à la surface du plateau d’Orgall.