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Page:Verne - Le Château des Carpathes.djvu/109

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Et le docteur Patak imitait les mouvements désespérés d’un homme retenu par les jambes, semblable à un renard qui s’est laissé prendre au piège.

Puis, revenant à son récit :

« En ce moment, dit-il, un cri se fait entendre… et quel cri !… C’est Nic Deck qui l’a poussé… Ses mains, accrochées à la chaîne, ont lâché prise, et il tombe au fond du fossé, comme s’il avait été frappé par une main invisible ! »

Il est certain que le docteur venait de raconter les choses de la façon qu’elles s’étaient passées, et son imagination n’y avait rien ajouté, si troublée qu’elle fût. Tels il les avait décrits, tels s’étaient produits les prodiges dont le plateau d’Orgall avait été le théâtre pendant la nuit dernière.

Quant à ce qui a suivi la chute de Nic Deck, le voici : Le forestier est évanoui et le docteur Patak est incapable de lui venir en aide, car ses bottes sont clouées au sol, et ses pieds gonflés n’en peuvent sortir… Soudain, l’invisible force qui l’enchaîne est brusquement rompue… Ses jambes sont libres… Il se précipite vers son compagnon, et — ce qui était de sa part un fier acte de courage… il mouille la figure de Nic Deck avec son mouchoir qu’il a trempé dans l’eau de la cunette… Le forestier reprend connaissance, mais son bras gauche et une partie de son corps sont inertes depuis l’effroyable secousse qu’il a subie… Cependant, avec l’aide du docteur, il parvient à se relever, à remonter le revers de la contrescarpe, à regagner le plateau… Puis, il se remet en route vers le village… Après une heure de marche, ses douleurs au bras et au flanc sont si violentes qu’elles l’obligent à s’arrêter… Enfin, c’est au moment où le docteur se disposait à partir afin d’aller chercher du secours à Werst, que maître Koltz, Jonas et Frik sont arrivés très à propos.

Pour ce qui est du jeune forestier, savoir s’il avait été gravement atteint, le docteur Patak évitait de se prononcer, bien qu’il montrât habituellement une rare assurance, lorsqu’il s’agissait d’un cas médical.