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Page:Verne - Le Beau Danube Jaune.djvu/56

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Il est opportun de noter que, depuis son départ d’Ulm, le lauréat de la Ligne Danubienne n’avait plus retrouvé l’accueil enthousiaste dont il fut honoré dans la cité badoise. Comment se faisait-il qu’un personnage si célèbre put passer incognito entre les rives du fleuve ? Ainsi, ni à Neubourg ni à Ingolstadt, aucun rassemblement de curieux, aucun guetteur sur les berges, chargé de signaler l’arrivée d’Ilia Krusch ?…

Et, pourtant, les journaux d’Ulm avaient annoncé son départ dans la matinée du 7 mai. D’ailleurs, on ignorait qu’il ne fût plus seul à descendre le Danube. Au moment où les curieux étaient arrivés pour saluer son départ, la barge avait déjà quitté la berge, et son compagnon avait évité de se laisser voir. Sans cela que de racontars !… Quel était ce personnage ?… Dans quelles conditions Ilia Krusch avait-il consenti à se l’adjoindre ?… Et le journal d’Ulm s’en fût aussitôt mêlé… Et le fait eût été reproduit par les journaux allemands, autrichiens, hongrois, avec des commentaires plus ou moins justes. Mais, ce qu’il y eut de singulier, c’est que, à partir de ce moment, les nouvelles firent défaut. On ne semblait plus savoir ce qu’était devenu le héros tant acclamé jusqu’à ce jour. Et c’est ainsi qu’il passa inaperçu à Neubourg, à Ingolstadt, et que personne n’observa son passage devant les bourgades et villages des deux rives.

Du reste, pas plus à Ratisbonne qu’ailleurs, Ilia Krusch ne chercha à faire montre de sa personne. Nul doute qu’il ne préférât l’incognito et qu’il en fût de même pour M. Jaeger. Il suffirait à son compagnon de faire constater sa présence aux bouches du Danube pour qu’il eût tout le mérite et aussi tout le profit de son original voyage.

Pont de Ratisbonne.
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