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Page:Verne - Le Beau Danube Jaune.djvu/21

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II

AUX SOURCES DU DANUBE


Ilia Krusch était âgé d’une cinquantaine d’années, de taille moyenne, de bonne constitution. Il avait les yeux bleus, de ce bleu qu’on pourrait appeler le bleu hongrois, les cheveux d’un blond qui tirait maintenant sur le jaune, la barbe rare aux moustaches comme aux favoris, la tête plutôt forte, un peu étroite dans sa partie supérieure, les épaules larges, les bras et les jambes solides encore. Bien qu’adonné aux tranquilles loisirs du pêcheur à la ligne, Ilia Krusch était resté vigoureux, et chez lui le moral se portait aussi bien que le physique, bonne santé et bon cœur, ce qui ne gâtait rien. En tout cas, il n’y avait point à se méprendre, c’était un brave homme, serviable et complaisant, toujours prêt à obliger ses semblables, et s’attachant volontiers. Avec sa physionomie un peu bonasse, sa tranquille nature, il représentait assez bien le type que l’on se fait généralement du pêcheur à la ligne et ne déparerait pas la majorité de ses collègues. Mais avant tout, c’était un modeste qui ne recherchait ni le bruit ni l’éclat, et, on l’a bien vu à sa réserve, lorsqu’il fut proclamé deux fois lauréat de la Ligne Danubienne.

Il est vrai, la plupart de ses confrères ne le connaissaient guère ou ne le connaissaient pas. Jamais jusqu’alors il n’avait figuré dans un des concours de cette Société. Son admission ne datait que de cinq ou six mois. Il s’était fait inscrire sous le nom d’Ilia Krusch, de nationalité hongroise, habitant la petite ville de Racz Becse, sur la rive droite de la Theiss, un des principaux affluents du Danube. Ce furent les noms qu’il donna, en payant sa cotisation comme membre de la Société. Il en faisait donc partie, au même titre que tous ses confrères ; mais, on le répète, c’était la première fois qu’il prenait part à l’un de ses concours, et avec quel succès dans les deux catégories du poids et du nombre !

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