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FRAGOSO.

pas une heure à perdre, et voilà pourquoi, ce matin-là, vers huit heures, il arrivait, brisé de fatigue, à un demi-mille de Manao.

Cette distance qui le séparait encore de la ville, Fragoso la franchit en quelques minutes. Une sorte de pressentiment irrésistible le poussait en avant, et il en était presque arrivé à croire que le salut de Joam Dacosta se trouvait maintenant entre ses mains.

Soudain Fragoso s’arrêta, comme si ses pieds eussent irrésistiblement pris racine dans le sol.

Il se trouvait à l’entrée de la petite place, sur laquelle s’ouvrait une des portes de la ville.

Là, au milieu d’une foule déjà compacte, la dominant d’une vingtaine de pieds, se dressait le poteau du gibet, auquel pendait une corde.

Fragoso sentit ses dernières forces l’abandonner. Il tomba. Ses yeux s’étaient involontairement fermés. Il ne voulait pas voir, et ces mots s’échappèrent de ses lèvres :

« Trop tard ! trop tard !… »

Mais, par un effort surhumain, il se releva. Non ! il n’était pas trop tard ! Le corps de Joam Dacosta ne se balançait pas au bout de cette corde !

« Le juge Jarriquez ! le juge Jarriquez ! » cria Fragoso.

Et, haletant, éperdu, il se jetait vers la porte de