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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/97

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EN SUIVANT UNE LIANE.

Rien de plus magnifique que cette partie de la rive droite de l’Amazone. Là, dans une confusion pittoresque, s’élevaient tant d’arbres divers que, sur l’espace d’un quart de lieue carré, on a pu compter jusqu’à cent variétés de ces merveilles végétales. En outre, un forestier eût aisément reconnu que jamais bûcheron n’y avait promené sa cognée ou sa hache. Même après plusieurs siècles de défrichement, la blessure aurait encore été visible. Les nouveaux arbres eussent-ils eu cent ans d’existence, que l’aspect général n’aurait plus été celui des premiers jours, grâce à cette singularité, surtout, que l’espèce des lianes et autres plantes parasites se serait modifiée. C’est là un symptôme curieux, auquel un indigène n’aurait pu se méprendre.

La joyeuse bande se glissait donc dans les hautes herbes, à travers les fourrés, sous les taillis, causant et riant. En avant, le nègre, manœuvrant son sabre d’abatis, faisait le chemin, lorsque les broussailles étaient trop épaisses, et il mettait en fuite des milliers d’oiseaux.

Minha avait eu raison d’intercéder pour tout ce petit monde ailé qui papillonnait dans le haut feuillage. Là se montraient les plus beaux représentants de l’ornithologie tropicale. Les perroquets verts, les perruches criardes semblaient être les fruits naturels