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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/86

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LA JANGADA.

taine d’Indiens et de noirs, qui, pendant cette première quinzaine du mois de mai, firent véritablement merveille. Peut-être quelques braves gens, peu habitués à ces grands massacres d’arbres, eussent-ils gémi en voyant des géants, qui comptaient plusieurs siècles d’existence, tomber, en deux ou trois heures, sous le fer des bûcherons ; mais il y en avait tant et tant, sur les bords du fleuve, en amont, sur les îles, en aval, jusqu’aux limites les plus reculées de l’horizon des deux rives, que l’abatage de ce demi-mille de forêt ne devait pas même laisser un vide appréciable.

L’intendant et ses hommes, après avoir reçu les instructions de Joam Garral, avaient d’abord nettoyé le sol des lianes, des broussailles, des herbes, des plantes arborescentes qui l’obstruaient. Avant de prendre la scie et la hache, ils s’étaient armés du sabre d’abatis, cet indispensable outil de quiconque veut s’enfoncer dans les forêts amazoniennes : ce sont de grandes lames, un peu courbes, larges et plates, longues de deux à trois pieds, solidement emmanchées dans des fusées, et que les indigènes manœuvrent avec une remarquable adresse. En peu d’heures, le sabre aidant, ils ont essarté le sol, abattu les sous-bois et ouvert de larges trouées au plus profond des futaies.