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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/82

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LA JANGADA.

radeaux informes, actionnés par une voile triangulaire et supportant la cabane de paillis, qui sert de maison flottante à l’Indien et à sa famille.

Ces trois espèces d’embarcations constituent la petite flottille de l’Amazone, et elles ne peuvent servir qu’à un médiocre transport de gens et d’objets de commerce.

Il en existe bien qui sont plus grandes, des « vigilingas », jaugeant huit à dix tonneaux, surmontées de trois mâts, gréées de voiles rouges, et que poussent, en temps calme, quatre longues pagaies, lourdes à manœuvrer contre le courant ; des « cobertas », mesurant jusqu’à vingt tonneaux de jauge, sorte de jonques avec un roufle à l’arrière, une cabine intérieure, deux mâts à voiles carrées et inégales, et suppléant au vent insuffisant ou contraire par l’emploi de dix longs avirons que les Indiens manient du haut d’un gaillard d’avant.

Mais ces divers véhicules ne pouvaient convenir à Joam Garral. Du moment qu’il s’était résolu à descendre l’Amazone, il avait songé à utiliser ce voyage pour le transport d’un énorme convoi de marchandises qu’il devait livrer au Para. À ce point de vue, peu importait que la descente du fleuve s’opérât dans un bref délai. Voici donc le parti auquel il s’arrêta, — parti qui devait rallier tous les suffrages,