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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/68

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LA JANGADA.

— Tellement considérable, ajouta Benito, qu’il la dessale à une grande distance de son embouchure, et, à quatre-vingts lieues de la côte, fait encore dériver les navires !

— Un fleuve dont le large cours se développe sur plus de trente degrés en latitude !

— Et dans un bassin qui, du sud au nord, ne comprend pas moins de vingt-cinq degrés !

— Un bassin ! s’écria Benito ? Mais est-ce donc un bassin que cette vaste plaine à travers laquelle court l’Amazone, cette savane qui s’étend à perte de vue, sans une colline pour en maintenir la déclivité, sans une montagne pour en délimiter l’horizon !

— Et sur toute son étendue, reprit Manoel, comme les mille tentacules de quelque gigantesque poulpe, deux cents affluents, venant du nord ou du sud, nourris eux-mêmes par des sous-affluents sans nombre, et près desquels les grands fleuves de l’Europe ne sont, que de simples ruisseaux !

— Et un cours ou cinq cent soixante îles, sans compter les îlots, fixes ou en dérive, forment une sorte d’archipel et font à elles seules la monnaie d’un royaume !

— Et sur ses flancs, des canaux, des lagunes, des lagons, des lacs, comme on n’en rencontrerait pas