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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/65

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HÉSITATIONS.

tait trop, elle ferait taire ses désirs ; elle ne parlerait plus jamais de quitter la fazenda ; jamais elle ne demanderait la raison de ce refus inexplicable.

Quelques minutes s’écoulèrent. Joam Garral s’était levé. Il était allé, sans se retourner, jusqu’à la porte. Là, il semblait jeter un dernier regard sur cette belle nature, sur ce coin du monde, où, tout le bonheur de sa vie, il avait su l’enfermer depuis vingt ans.

Puis, il revint à pas lents vers sa femme. Sa physionomie avait pris une nouvelle expression, celle d’un homme qui vient de s’arrêter à une décision suprême, et dont les irrésolutions ont cessé.

« Tu as raison ! dit-il d’une voix ferme à Yaquita. Ce voyage est nécessaire ! Quand veux-tu que nous partions ?

— Ah ! Joam, mon Joam ! s’écria Yaquita, toute à sa joie, merci pour moi !… Merci pour eux ! »

Et des larmes d’attendrissement lui vinrent aux yeux, pendant que son mari la pressait sur son cœur.

En ce moment, des voix joyeuses se firent entendre au dehors, à la porte de l’habitation.

Manoel et Benito, un instant après, apparaissaient sur le seuil, presque en même temps que Minha, qui venait de quitter sa chambre.