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Page:Verne - La Jangada, 1881, t1.djvu/63

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HÉSITATIONS.

ce chagrin de se marier loin d’elle. À l’époque de notre union, mon Joam, si ta mère avait vécu, n’aurais-tu pas aimé à te marier sous ses yeux ! »

Joam Garral, à ces paroles de Yaquita, fit encore un mouvement qu’il ne put réprimer.

« Mon ami, reprit Yaquita, avec Minha, avec nos deux fils, Benito et Manoel, avec toi, ah ! que j’aimerais à voir notre Brésil, à descendre ce beau fleuve, jusqu’à ces dernières provinces du littoral qu’il traverse ! Il me semble que là-bas la séparation serait ensuite moins cruelle ! Au retour, par la pensée, je pourrais revoir ma fille dans l’habitation où l’attend sa seconde mère ! Je ne la chercherais pas dans l’inconnu ! Je me croirais moins étrangère aux actes de sa vie ! »

Cette fois, Joam avait les yeux fixés sur sa femme, et il la regarda longuement, sans rien répondre encore.

Que se passait-il en lui ? Pourquoi cette hésitation à satisfaire une demande si juste en elle-même, à dire un « oui » qui paraissait devoir faire un si vif plaisir à tous les siens ? Le soin de ses affaires ne pouvait plus être une raison suffisante ! Quelques semaines d’absence ne les compromettraient en aucune facon ! Son intendant saurait, en effet, sans dommage, le remplacer à la fazenda ! Et cependant il hésitait toujours !